Publié le mercredi 14 avril 2010

En métchif au Cercle

Rhéal Cenerini
Rhéal Cenerini
Par Camille SÉGUY
La dernière pièce de la saison 2010-2011 du Cercle Molière, en mars-avril 2011, sera une grande première. Écrite par Rhéal Cenerini, Li r’venant sera la première pièce jouée en métchif au Cercle Molière. « Je me suis dit que ce serait intéressant de donner cet accent métchif à la pièce car ça n’a jamais été fait à ma connaissance au Cercle Molière et ça se prêtait bien au sujet dont je voulais traiter, explique l’auteur de Li r’venant, Rhéal Cenerini. Ça aura une grande résonnance ici, vu l’importance de la communauté métisse dans l’histoire et l’actualité du Manitoba. » La majorité des personnages de la pièce parlent donc le métchif français. D’autres parlent français avec un accent franco-manitobain, et quelques-uns sont anglophones. « Le métchif français ressemble beaucoup à notre français, mais la prononciation et la structure de la phrase sont différentes, dit Rhéal Cenerini. On s’habitue vite. » Le retour Présentée en 14 tableaux, Li r’venant raconte l’histoire du personnage principal, le revenant, qui réintègre sa communauté après s’en être éloigné pendant quelques années. La scène se déroule dans les années 1960. « C’est le revenant car il revient chez lui, mais aussi car il a des éléments de fantôme, souligne Rhéal Cenerini. Il n’a pas de lieu fixe, il va, vient et surprend là où on ne l’attend pas. » Pour lui, ce personnage du revenant représente le peuple métis. « C’est à travers les Métis, avec Louis Riel, que le Manitoba est devenu une province à l’intérieur du Canada, rappelle Rhéal Cenerini, et des mesures ont été prises pour protéger la nation métisse. « Mais ensuite, les Métis ont connu des temps difficiles et ils n’osaient s’afficher Métis, poursuit-il. La communauté métisse a été dispersée. Mais aujourd’hui, comme le revenant, la nation métisse se réaffirme et reprend sa place. Elle retrouve ses racines et sa fierté. » Juifs et Métis Li r’venant fait par ailleurs « des parallèles entre l’histoire de la nation juive au temps du Christ et celle du peuple métis aujourd’hui », raconte l’auteur, qui a déjà écrit une dizaine de pièces de théâtre, dont trois ont été montées au Cercle Molière. Le directeur artistique du Cercle Molière, Roland Mahé, lui avait en effet demandé une pièce pour « cadrer avec le fait que la dernière pièce de saison du Cercle Molière est proche du temps de Pâques », rapporte Rhéal Cenerini. « Sans pour autant situer la pièce dans une communauté métisse précise, je vois plusieurs parallèles entre la nation juive du temps du Christ et les Métis d’aujourd’hui, affirme-t-il. Le Christ a exercé son ministère en Galilée. Les Galiléens étaient un groupe à l’intérieur de la nation juive, dominée par les Romains. « Aujourd’hui, les Métis sont un groupe à l’intérieur de la communauté franco-manitobaine, dominée par la majorité anglophone, poursuit-il. Ce sont des communautés dans une communauté, dominée par de plus grandes majorités. » De plus, dans les écrits de Louis Riel, « le peuple Métis apparaît comme une nation choisie et l’Ouest canadien comme une terre promise, signale Rhéal Cenerini. C’est très messianique et je trouvais l’idée intéressante ». Li r’venant explore ainsi plusieurs parallèles avec humour, dans un contexte qui « parlera directement aux Franco-Manitobains », espère l’auteur.
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