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Lucille Teasdale se sent,
très jeune, confrontée aux
inégalités sociales. Elle a grandi
dans l'Est de Montréal, mais elle
fréquente, comme pensionnaire, le plus
huppé des collèges catholiques : le
collège Jésus-Marie d'Outremont. Elle
fait du bénévolat dans une clinique
fréquentée par les
déshérités du Plateau
Mont-Royal et elle y acquiert la conviction de
pouvoir faire quelque chose contre la plus
intolérable des injustices : la maladie. En
1950, elle est admise en médecine à
l'Université de Montréal et devient,
en 1955, la première
Québécoise à décrocher
un diplôme de chirurgienne. Elle est alors
interne, puis résidente aux hôpitaux
de Sainte-Justine, Maisonneuve et à
l'Hôtel-Dieu. C'est à Sainte-Justine
qu'elle rencontre son futur mari, Pietro Corti,
spécialiste en pédiatrie, en stage
à Montréal. Issu d'une famille
bourgeoise italienne, le Dr Corti cherche de
nouveaux défis et voit en Afrique une
façon de laisser sa marque. Pour
compléter sa formation, Lucille Teasdale
doit faire un stage à l'étranger.
Refusée dans les hôpitaux
américains, car elle est une femme, elle se
retrouve à Marseille. Le Dr Corti la rejoint
et, après quelques rencontres, elle accepte
de l'accompagner en Ouganda. C'est le début
d'une aventure qui va durer 35 ans.
En 1961, elle s'installe dans
la savane à Gulu, protectorat britannique du
nord de l'Ouganda. Elle et son mari fondent le St.
Mary's Lacor Hospital. Elle pratique durant toutes
ces années plus de 13 000 chirurgies, alors
que son mari, en plus de pratiquer des
anesthésies, administre l'hôpital et
contribue à former des dizaines de jeunes
médecins. Le couple a consacré sa vie
à soigner des maladies aussi contagieuses
que la malaria et le sida. Ils ont travaillé
dans des conditions très difficiles (la
guerre civile, les épidémies et les
massacres) et avec des moyens limités. Elle
a opéré dans des conditions
inimaginables et a contracté, en cours
d'opération, le virus du sida. Elle voulait
sauver la vie d'un soldat ougandais blessé
et atteint de cette terrible maladie. Son
état de santé l'empêche, vers
la fin de sa carrière, de pratiquer la
chirurgie. Elle se consacre alors aux malades
atteints du sida et aux patients de la clinique
externe.
Lucille Teasdale est membre
de l'Ordre national du Québec et de l'Ordre
du Canada. Elle a obtenu, avec son mari, le prix
Saskawa en 1986, la distinction la plus
prestigieuse de l'Organisation mondiale de la
santé. Elle est officier de l'Ordre du
mérite de la République d'Italie et a
remporté de nombreux prix en Europe. Elle
est décédée le 1er août
1996, des suites du sida. Madame Teasdale a
consacré sa vie à soigner les
personnes démunies.
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